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PAPIER CUISSON

Leur parcours

Ninon Mazeaud est illustratrice, avec une formation en techniques d’impression et graphisme. Armand Leclerq est cuisinier et a travaillé pendant 6 ans dans des palaces, à expérimenter une cuisine créative mais « hors sol ». Il prend alors le large pour devenir chef dans un restaurant de terroir sur l’île de Groix et découvre une cuisine en lien avec la nature.
« Papier Cuisson » a pour ambition de mettre en relation leurs deux pratiques respectives comme source de partage et de lien social. Au coeur du projet : l’identification et la transmission de recettes historiques et familiales du territoire lors d’ateliers de cuisine avec des anciens pour aboutir à la création collective d’un livre de recettes par des jeunes. Le projet puis le partage de ces recettes lors d’un grand repas partagé. « Papier Cuisson » est un projet pluridisciplinaire, intergénérationnel qui fait la part belle à la pratique et à la fois créative et culinaire ainsi qu’à une dynamique collective, participative et conviviale.

Entretien

Pouvez-vous vous présenter ?

 

Ninon : Armand est cuisinier depuis près de 10 ans. Formé à l'institut Paul Bocuse, il a ensuite travaillé dans le milieu de la cuisine gastronomique et fait ses armes dans différents établissements, d'abord en France puis en Belgique. Toujours aussi passionné mais parfois lassé par les contraintes du métier et la vie citadine, il a décidé récemment de s’installer sur l’île de Groix, en Bretagne, afin de revenir à ce qui pour lui est essentiel, l’agriculture durable, un mode de vie à l’opposé de la sur consommation. L'envie de découvrir des territoires et des terroirs, le besoin de ralentir, sont donc les points de départ de cette nouvelle aventure.

Mon travail s'articule autour de la mémoire, individuelle ou collective. L'utilisation de différents médiums, images, textes, témoignages ou objets collectés, me permet de matérialiser ces mémoires. Je développe également un intérêt pour la mise en relation entre des lieux, des histoires et des personnes, n'étant habituellement pas amenés à se rencontrer. Cette démarche s'inscrit dans la volonté de participer à la construction du maillage culturel de la ville, en allant à la rencontre de composants multiples et hétéroclites. C'est également une manière de confronter mes interrogations à différents regards, de multiplier les interventions à partir de mon travail ou directement sur celui-ci, et de travailler en créant des collectifs éphémères. Si l'image imprimée est omniprésente dans ma pratique, déclinée sous plusieurs formes, c'est parce qu'elle se diffuse, qu'elle s'approprie et permet la production collective en devenant le lien entre ces différents composants. Elle touche l'intimité du spectateur/lecteur, s'invitant d'abord dans sa poche, puis chez lui, et pénètre bien au-delà de l'espace de l'exposition.

Déployées dans un espace, ou classées à l'intérieur d'un document, mes propositions questionnent la méthodologie propre à l’archive, la collection. Plus qu'un travail de production, il s'agit d'avantage d'un travail de mise en forme, de transmission, avec toujours cette intention de vérité.

Le temps d'une manifestation ou sur un mur extérieur, seule ou à partir de productions collectives, c'est mon intérêt pour l'époque et son humeur actuelle qui prend forme, en sortant de la sphère médiatique des problématiques sociales pour les inscrire dans un langage plastique.

Pouvez-vous présenter le projet qui vous amène ici ? Allez-vous lancer le projet à Cérilly ?

 

Armand : Le projet "Papier Cuisson" a pour origine notre volonté commune de travailler ensemble Ninon et moi, et trouver des points de convergence entre nos pratiques (la cuisine, et les arts visuels). Plus que nos métiers, il s’agit pour nous d’une philosophie de vie : l’art de bien manger, avec des produits liés au territoire et dans le respect de la terre. La nécessité d’art dans nos quotidiens, la culture comme moyen d’expression et comme moyen de faire du lien social.

 

"Papier Cuisson", c'est aussi une volonté de créer à nouveau des liens entre deux générations qui n’ont plus l’occasion de se rencontrer, particulièrement dans les villages (les jeunes "squatteurs des arrêts de bus", et les personnes âgées souvent isolées). Les problématiques d’intersectionnalité et intergénérationnelles sont au coeur de notre projet, car elles nous paraissent incontournables dans le monde actuel. C'était vrai avant la crise sanitaire, ça l'est d'autant plus aujourd'hui après plus d'un an où nous avons dû renoncer à la plupart de nos relations sociales. S' il est vrai que nous avons par le passé participé à des évènements se rapprochant de cette démarche, cette résidence proposée par Polymorphe sera le point de départ de "Papier Cuisson".

Ce projet est local et itinérant, comment conciliez-vous ces deux échelles? Quelles ambitions pour "Papier Cuisson"?

 

Armand : L'idée est effectivement de découvrir des territoires et les habitants et des terroirs (climats/ savoirs/ produits ). La France est un des pays les plus riches en terme de

diversité de ces terroirs. Il nous parait donc intéressant de ne pas limiter cette

expérience à la résidence polymorphe dans l’Allier, mais de l’étendre aux autres

espaces ruraux présents sur le territoire et pourquoi pas, au-delà des frontières

françaises. Nous espérons au contraire que cette première expérience nous serve

de vitrine pour essaimer ce projet dans les lieux qui nous attirent, et qui auront à

coeur de l’accueillir.

Comment liez-vous vos engagements à vos pratiques?

 

Ninon est de par son parcours et sa pratique artistique engagée depuis longtemps dans le monde qui l'entoure. Son engagement prend d'ailleurs des formes multiples (la cause des sans-papiers/la cause des femmes/la défense de la culture). Les injustices sociales qui se creusent de manière exponentielle, sont la raison de son engagement et de son militantisme. L'engagement d'Armand est plus tardif et correspond à une prise de conscience. Celle de l'impossible accord entre nos modes de vies consuméristes à outrance et les ressources de plus en plus limitées dont nous disposons et qui trouve son plus parfait exemple dans la restauration gastronomique qu'il a pratiquée. La contradiction entre la vie dans les grandes métropoles et l'envie grandissante d'une forme de "sobriété heureuse".

Les projets qui vous inspirent?

 

Le projet de la petite maison à Bruxelles, projet socio culturel qui allie logement pour des personnes sans-papiers ou en migration et évènements culturels (expo, projections, résidences d’artistes, festivals de théâtre, concerts,…).

Les visites et les expériences sur des Zones à Défendre : ZAD d’Arlon ou de Haren (Belgique) ou de Notre-dame-des-landes (France). Le projet de reconversion en maraichage biologique des cousins d'Armand sur l'ile de Groix.

Pourquoi Polymorphe en particulier?

 

Parce qu'en découvrant l'appel à projet, tout ce qui y était présenté nous semblait cohérent avec nos envies pour le développement de notre projet Papier Cuisson.

Parce que la pluralité des projets qui ont été présentés par Polymorphe lors des différentes éditions nous touchait et nous inspirait.

Le mot de Bony

Ce qui saute aux yeux quand on lit le projet de "Papier Cuisson" c'est sa générosité, son ouverture sur le territoire, et sa réflexion sur des questions contemporaines: la question de la disparition et de la transmission des savoir-faire, la question du lien social, de l'inter-générationnel, la question de l'identité, du territoire, la question de la consommation, enfin.

C'est aussi, dans le cas d'Armand comme celui de Ninon, deux pratiques artistiques, deux passions, la cuisine et l'illustration/l'édition, mises au service d'une vision sociale à travers une proposition concrète et simple : cuisiner avec des anciens leurs recettes de famille, collecter leurs mémoire, pour réaliser avec des jeunes un livre de recette et déguster tous ensemble un grand repas partagé. 

Pour toutes ces raisons, "Papier Cuisson" est une manifestation qui nous a semblée essentielle dans les propositions de Polymorphe corp. en 2021. Parallèlement à notre programmation, nous construisons la revue Polymorphes, qui a pour thème cette année les savoir-faire, leur acquisition et leur transmission. Le projet "Papier Cuisson" arrivait donc à point nommé. C'était aussi l'occasion pour nous de développer nos liens avec l'EHPAD de Cérilly et avec le collège de Cérilly.

Ninon et Armand viendront deux fois : une fois en mai, pour des repérages : ils partiront à la rencontre des habitants sur les marché et autres lieux de Cérilly pour découvrir des histoires, des anecdotes, des traditions autour de la cuisine. Ils feront aussi la rencontre de huit résidents de l'EHPAD qui vont transmettre leurs recettes lors de discussions et ateliers de cuisine. Ninon et Armand viendront une deuxième fois du 21 juin au 2 juillet pour fabriquer un livre de recettes inspirées des recettes réalisées avec les anciens, lors d'ateliers d'édition avec les 6ème du Collège François Péron de Cérilly.

Le 1er juillet, les jeunes et Armand cuisineront ensemble et inviteront tous les participants au projet à déguster les recettes lors d'un grand repas partagé. Les livres de recette seront distribués à tous les participants.

 

Un projet généreux je vous disais !